Un documentaire de l'émission "sur les Docks" consacré à la désintoxication de la langue de bois !

C'est à écouter en cliquant ici

 

EN REPONSE AU REPORTAGE DE FRANCE CULTURE

Prise entre la volonté de diffuser des savoirs critiques le plus largement possible et celle de ne pas se faire piéger par les injonctions médiatiques, l'équipe de l'orage a accepté une proposition de reportage de France Culture pour l'émission "Sur les docks" qui a été diffusée le 7 mai 2014 à 17h.

Ce reportage rend effectivement compte en partie de notre démarche d'éducation populaire politique. L’accès d’analyses sociales critiques aux grands médias est chose rare. Rare et peut être précieuse, en témoignent les nombreux retours sympathiques d’auditeurs qui ne connaissaient pas nos actions.

Mais à quel prix ?

L’image que renvoie le documentaire reste pour nous une belle déception.

Nous ne pouvons nous satisfaire de ce reportage et ce pour plusieurs raisons :

Les médias sont déterminés par les rapports sociaux,  de sexe et de classe notamment. La médiatisation « de masse » contribue à les véhiculer fortement.  Nous déplorons qu’une fois de plus ce soit la parole des hommes, les plus entraînés à ce type d’exercice qui est mise en avant. Nous pensions pouvoir y échapper, fort.e.s de nos luttes quotidiennes dans ce domaine mais il semble que les dominations sociales sont décidément  les plus fortes dans la sphère médiatique !

Il faudrait nous conformer à un « standard » de modalité d’expression, standard de la parole maîtrisée, courte, masculine et cultivée, là où la parole féminine hésite, discute, ou récite de la poésie…
Nous avions insisté avant et pendant l’enregistrement sur notre exigence d'une répartition égalitaire des temps de parole entre les coopérateurs et coopératrices, afin de ne pas être, nous aussi les victimes de tout ce que nous dénonçons (sexisme, discriminations…). Mais  malgré cette vigilance politique, un coopérateur s'exprime largement plus que les autres durant le reportage final. Pourtant, nous avions toutes et tous enregistré une à deux heures d'interview. Il nous semble que ce sont les passages les plus "rodés", les plus "séduisants" qui ont été retenus, notamment ceux faisant référence à la conférence gesticulée "Inculture 1".

D'autre part, le reportage renvoie selon nous, une image quelque peu suffisante, voire prétentieuse de notre démarche. Les parties qui abordaient nos doutes, nos limites, nos questionnements n'ont pas été retenues au montage final. Nous tenions également à mettre en avant que cette démarche est avant tout le fruit d'un travail collectif enrichi par tous les membres du réseau des scops, ainsi que par des centaines de participant-es qui ont co-construit ce savoir lors des dizaines d'ateliers de désintoxication de la langue de bois qui ont été menés depuis 2007.

Dommage que toutes ces sources n'apparaissent pas, elles avaient été citées pourtant.

Une deuxième concession donc : celle de renoncer à cette honnêteté intellectuelle, à cette forme d’humilité pour accepter une certaine dose de personnification.

Cette expérience, nous pousse à nous interroger encore sur les critères qui nous permettraient de répondre à l’avenir à ce type de sollicitations, tout en restant cohérent.e.s avec nos exigences politiques.

MERCI DONC à Alexia Morvan, pour le travail abattu depuis 15 ans, qui constitue le socle du savoir critique que nous diffusons toute l’année dans les coopératives d’éducation populaire politique.

MERCI AUSSI à nos collègues du Pavé d’avoir mis en forme cette approche critique du langage dominant, à partir notamment des travaux d’Eve Chiapello et Luc Boltanski (merci Annaïg, Alexia, Franck, Tony, Gaël et Manu, de la bande des « pionnier-es » !), ainsi qu’aux autres collègues de notre réseau.

MERCI aux innombrables « anonymes » qui ne cessent d’enrichir ce point de vue grâce à leurs témoignages toujours à peine croyables de la perversité du capitalisme incorporé en chacun-e de nous…

MERCI bien sûr aux copines et copains qu’on entend dans le reportage pour leur générosité !

MERCI enfin à Myriam, la réalisatrice radio, pour s’être lancée dans cette galère, d’avoir accepté d’entendre patiemment nos déceptions, et d’avoir pris le temps de nous expliquer son point de vue.

 

L’équipe de l’orage

Juin 2014